L'Algérie en murmure (Un cahier sur la torture), par Dr Moussa Aït-Embarek
© 1996 HOGGAR PRINT S.A. Route Saconnex- d'Arve 110. 1228 Plan-les-Ouates. Suisse
Tel: +41 22 771 08 08 - Fax: +41 22 771 08 08 - Email: murat@ vtx.ch
ISBN 2-940130-02-7 . 365 pages , illustrations en couleurs. Prix: 30.- Francs Suisses.
-Préface de Me Abdennour Ali-Yahia.
CHAPITRE I. "Torture"ou Torture?
1.1 Généralités
1.2 Méthodes de toture
1.2.a Agressions physiques et flagellations
1.2.b Coups et blessures par armes blanches et matraquage
1.2.c Torture par suffocation
1.2.d Tortures pharmacologiques
1.2.e Tortures à l'électrécité
1.2.f Tortures au feu
1.2.g Tortures par mutilation
1.2.h L'échelle, la chaise et la pendaison
1.2.i Débilité induite, épuisement et isolation
1.2.j Viols, agressions et mutilations sexuelles
1.2.k Tortures mentales
1.3 Témoignages
1.4 Morts sous la torture
CHAPITRE II. Torture et Magistrature
CHAPITRE III. De la violence stucturelle
3.1 Introduction
3.2 Le complexe de légitimité
3.3 De l'Algérie des colonels à l'Algérie des généraux
3.4 Sur la culture politique
3.4.1 L'élite et la "bouliutique"
3.4.2 De la domination
3.4.3 Vide de droit et plein de violence
3.5 L'impérialisme ne s'est pas suicidé
3.5.1 Les torturés de la terre
3.5.2 La France parasitaire salue l'Algérie tortionnaire
3.5.3 La domination continue
CHAPITRE IV. La rhétorique de la terreur
4.1 Introduction
4.2 La démonisation
4.3 La double négation
4.4 La bestialisation
4.5 L'infection
4.6 Distance et surdité
CHAPITRE V. Documents et textes choisis
5.1 Documents
- Des universitaires algériens contre le coup d'Etat
- Editoriaux de la Tribune des droits de l'homme
- Communiqué de la ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme
- Lettre ouverte aux intellectuels français par le Comité algérien des militants libres de la dignité humaine et des droits de l'homme
- Lettre ouverte à l'O.N.U. par M. Brahami
5.2 La Géhenne et la Gangrène dans le Livre blanc
- L'Algérie suppliciée par M. Ghachemi
- La Gangrène par F. Karimi
- Rappel par F. Karimi
5.3 Notes
- La douleur et le pouvoir par T. Benachour
- Notes de lecture sur l'aliénation et la la violence par Y. Bedjaoui
- Notes de lecture sur la violence culturelle par A. Aroua
- El-Hogra par A. El-Arioui et K. Temmam
5.4 Elégies
- Cri d'un détenu par A. Aroua
- Mon cÏur saigne par Chafia
- Appel à la résistance par Minbar El-Djoumoua
- Cheikh Cherati par M. Brahami
- De la peur
- Les yeux de Houriya par T. Allali
- Ne t'afflige pas par M. Iqbal
- La torture se nourrit de silence par A. Aroua
5.5 Alerte par Rehab
5.6 Prière par A. Shariati
ANNEXE: C'était Hier
A.1 Torture française
A.2 Fanon sur la torture
A.3 Torture algérienne
BIBLIOGRAPHIE
DIXIT :
- " Le pouvoir algérien tolère et cautionne l'usage de la torture, et ne prend aucune mesure pour l'enrayer et condamner les tortionnaires. [...] La torture n'est en Algérie ni un problème national, ni un problème politique, du fait qu'elle n'a suscité aucune réflexion, et n'a provoqué aucun débat dans la presse, qui est restée non seulement silencieuse, mais souvent complaisante avec le pouvoir".
Me Abdennour Ali-Yahia.
Président- fondateur de la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l'Homme.
-"Le but que croit se proposer un homme qui torture un autre homme est de le faire parler, d'obtenir ses aveux, de savoir sa vérité; or ce qu'il veut vraiment, c'est ne savoir surtout pas la parole, la foi, la vérité de cet autre. Le cahier proposé par Moussa Aït-Embarek le fait clairement entendre."
Pierre Guillard, Ecrivain.
Auteur de Ce Fleuve qui nous sépare, Loysel,1994
-"L'Algérie qui a suscité tant d'espoir dans le monde est aujourd'hui le pays où l'on torture le plus, où l'on commet le plus d'executions sommaires. Ce cahier sur la torture devait être écrit pour éclairer l'opinion sur le caractère criminel de la junte d'Alger."
Me Jacques Vergès, Avocat à la Cour.
Auteur deLettre ouverte à des amis algériens
devenus tortionnaires, Albin Michel,1993
-"Tout homme porte en lui la forme entière de l'humaine condition. La fraternité n'est pas seulement un commandement d'ordre moral. Elle est aussi et surtout une communion substantielle. C'est pourquoi si la victime de la torture est déchirée dans sa chair et dans son âme, son bourreau, quant à lui, s'exclut de l'espèce humaine."
Pierre Rossi, Ecrivain.
Secrétaire Général de l'Organisation Eurupéenne pour les Droits de l'Homme.
-" Il reste maintenant à faire que ces témoignages, sans lesquels aucune compréhension de la situation algérienne n'est possible, trouvent un large écho dans les médias européens. Il en va de la crédibilité de ces médias."
François Burgat,Chercheur au C.N.R.S.(IREMAM).
Auteur de l'Islamisme en face, La Découverte,1995.
-"Les plaintes murmurées par les suppliciés, dans le secret des caves, finissent toujours par couvrir le vacarme des tortionnaires. Puisse ce livre y contribuer et finir par dissiper l'écran de fumée qui aveugle tant de nos contemporains."
Ahmed Manai, Ecrivain.
Auteur de Supplice tunisien, La Découverte, 1995.
THEME : Algeria and the politics, ideology and history of torture.
BOOK REVIEW:
"The Algerian regime tolerates and supports the use of torture and it takes no measure to curb it and to condemn the torturers. In Algeria, torture is neither a national problem, nor a political problem, since it has not given rise to any reflection, or any debate in the press, which has remained not just silent, but often subservient to the regime".
So says Abdennour Ali-Yahia, the President of the Algerian League for the Defense of Human rights, in his preface to this book which stands as a chilling reminder of the politics of cruelty in Algeria.
This book is part of a larger effort, by Algerian human rights activists and intellectuals, to shatter the wall of shameful and conniving silence on epidemic scale torture going on in their country.
In Algeria, torture has reappeared on a very large scale after the military coup of January 92 which swept away the Algerian democratic process and annuled the legislative elections which the Islamic Salvation Front (FIS) was poised to win. Hundreds of torture testimonies, collected by a few national and international non-governmental human rights organisations, exist. For instance, some testimonies have been published in Jacques Verges' "Lettre ouverte `a des amis Algeriens devenus tortionnaires" (Open letter to Algerian friends who have become torturers), in "Le Livre blanc sur la repression en Algerie" (The White Book on Repression in Algeria) by the Algerian Committee for Human Dignity and Human Rights, and some others by Amnesty International. These torture testimonies, which reveal how the Algerian military junta has pushed sadistic barbarity and human depravity to unexplored frontiers, have however hardly made it into the Algerian, North-African, Arab, Muslim or European press.
But it has not just been taboo to report on the ongoing torture of Algerian Muslims; it is even more so to debate rational accounts of its manifestation, analyses of its underlying economic, political and ideological causal structures as well as the historical and international contexts within which it is thriving. It is true,the power of torture as an instrument of terror feeds on its secrecy and unintelligibility.
In the first chapter of this book, using a wide sample of torture testimonies as a basis, Ait-Embarek makes a census and gives a classification together with a brief analysis of the different torture techniques reported in the testimonies. Physical assault and flogging, torture by suffocation, pharmacological torture, electric torture, torture by fire, torture by mutilation, "the ladder, the chair and hanging techniques", "induced debility and isolation", "rape, sexual assaults and mutilations" and mental torture are the main torture categories found in the testimonies.
Each class of these torture techniques is described, most often by quotes from torture survivors, as well as analysed in order to expose the various strategies of pain manipulation which the torturers use to crush their victims into the chronic phase of suffering. This chapter is concluded with a few full length testimonies and a list of a few people who died under torture.
Just as the infliction of pain in these acts of torture is a rational, calculated effort to crush the body and the soul of these Algerians into submission, rather than some random release of sadistic brutality, it is the case that in Algeria, under military rule, torture is not a contingent, isolated, deviant activity, and even less an offence. It is essentially a modality of the relations between the regime and society, a method of government. It is an institutionalised and systematic activity, used with the approval and calculated purpose of the highest authorities, specified by normalised and routine operationalprocedures, taking place in a very large number of detention centres. These torture complexes, which have at their disposal the most modern torture equipment and techniques, are managed by an ever increasing personnel of administrators, torturers, jailers, doctors, drivers, secretaries, public relation experts, state-sponsored human rights "professionals" and magistrates.
The second chapter of this book deals with the magistracy and the way it is adapted to covering and legalising the barbaric activities within the torture centres. The author mainly takes up lawyers Verges and Ali-Yahia arguments about the laws introduced by the military junta in September 1992 "against subversion and terrorism". These are shown to violate the Algerian Constitution, all international treatees and conventions against torture ratified by Algeria, and, very interestingly, to be a carbon copy of Frances shameful Vichy government special laws in August 1941. These "special laws" legalise a clandestine and expeditive justice system, adapted to the repression, in which the military junta is simultaneously the torturer, the prosecutor and the judge.
In the chapter "De la violence structurelle" (On structural violence) Ait-Embarek considers that the genesis of torture does not originate from torture centres which only express and maintain a more fundamental violence. To paraphrase Ghandi, violence does not lie in torture chambers as much as it lies within that which they protect. Torture, as an extreme form of apparent violence, is construed here as the physical, direct and visible manifestation of a structural, indirect and latent violence. Based on this premisse, the author discusses the legitimacy complex, the militocratic nature of the Algerian regime as well as some aspects of elite political culture as structural causes that partially account for state repressive violence. This exploratory analysis of internal roots of structural violence also deals with the status and awareness of the rule of law in algerian political culture since this would measure the availability of effective channels for the systemic and peaceful resolution of conflicts.
But Algeria is also locked into an unjust and Western dominatedinternational system of relations, so that structural violence in Algeria is not independent of that which is rooted in the international "order". Ait-Embarek takes up the thesis that the global variations of human rights violations display a strong correlation between external economic dependence ("development aid") of third world countries and the intensity of human right violations in these countries. This intimaterelationship between the geography of torture and military intervention and the configuration of capitalist intervention (access to ressources, "softening" of investment climate, maintenance of cheap labour etc) is discussed in the light of the Algerian experience in recent years. It is surelyno coincidence, the author argues, that the denationalisationand selling off of huge oil and gaz fields, of vast gold, diamond and uranium mines in the Sahara to some multinationals, the range of legal and financial regulation changes to guarantee foreign investments in the country as well as the usualpredatory policies of the IMF and the World Bank were passed and implemented while Algeria had no elected parliament, its elected deputies rotting in prison, no elected president, no accountable minister, no independent press, and amidst a climate of terror and intimidation, through torture oral stories,summary executions and a high visibility of army personnel and tanks throughout the country, to deter any social protest.
The chapter on the rethorics of terror ("La rethorique de la terreur) is an exercise in the politics of langage, an attempt to expose and analyse the main rethorical configurations with which the pro-junta Algerian press and some literary figures have prepared, and now justify and rationalise, the unleashing and maintenance of state terror by the Algerian junta. To practice torture, the Algerian junta created the preconditions for managing it : the institution, the infliction and the non-denunciation of the torture of a large targeted human group cannot occur without its prior moral exclusion, human devaluation and social antinomy.
Ait-Embarek singles out four discourses which fan intense social fears, anesthesise critical minds, smother consciousness and responsability, corrupt human solidarity and organise complicity : the rethorics of demonisation, the discourse of negation, of the bestiary and of infection. Each of these discourses is presented through two readings :
i) a direct reading which exposes the main referents they pick out, the different moral positions they engage and propagate as well as the specific political relations they express and effect
ii) a rear-view reading which exposes the sources of these discourses and the historical and cultural contexts within which they lie. Some comments are also made on the way by which this cultural elite (just as the Algerian economic dealers and political vassals who are only good at re-inventing by mimicry the colonial order) uses the symbolic violence of the colonial master to alienate and dominate Algerian society.
The second part of this book is an open space devoted to contributions on torture and related issues by a good number Algerian intellectuals. These contributions include statements by Algerian human rights organisations, a preliminarystatistical study of the repression, a tentative reconstructionof the portrait of Algerian torturers based on the torture testimonies, reflections on pain and power, on the relation between cultural alienation and institutional violence,on French cultural dictatureship in Algeria, lyrical texts of sorrowful, moral, political or meditative nature which reflect situations directly affecting their authors etc.
The appendix of the book contains a retrospective on torture in the 50's, the dying years of French colonisation, a rather unknown text by Fanon on colonialism's link with torture together with a retrospective on torture in Algeria since independence. Reading the torture testimonies, one isstruck by the frequent reference to torture during French colonisation by torture survivors and torturers alike. Algerians tend to perceive Algerian torture in the mirror of French torture. The reader unfamiliar with torture during colonisation will find this concise appendix helpful. A large bibliography on torture concludes the book.
The White Book on Repression in Algeria ("Le Livre blanc sur la repression en Algerie"), by the Algerian Committee for Human Dignity and Human Rights, which only compiles human right abuses and torture testimonies, was banned in Algeria and Tunisia of course, but also in France -- yes in France -- by the French Ministry of Interior on the hilarious ground of "appeal to hatred"("appel `a la haine").
This reminds one of the Ministry of Love in Orwell's `1984' novel.
It is true that love, like hatred, is capricious; it obeys no law. Who knows ? Unlike green scarves and white books, "L'Algerie en murmure", which goes beyond compilationof facts, may just not get banned. If not love, it at least appeals to some enlightenment.
MAG-News / Racheld Mesud , to appear also in IMPACT INTERNATIONAL
Revue de Livre
"Le pouvoir algérien tolère et cautionne l'usage de la torture, et ne prend aucune mesure pour l'enrayer et condamner les tortionnaires [...] La torture n'est en Algérie ni un probléme national, ni un probleme politique, du fait qu'elle n'a suscité aucune réflexion, et n'a provoqué aucun débat dans la presse, qui est restée non seulement silencieuse, mais souvent complaisante avec le pouvoir."Ce constat, c'est celui de Me Abdennour Ali-Yahia, Président-fondateur de la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l'Homme, dans sa préface à ce livre entièrement consacré au phénomène de la torture en Algérie.Malgré que la torture ait existé de façon endémique depuis l'indépendance, et qu'elle se manifeste en proportions épidémiques depuis le coup d'Etat de Janvier 92, peu d'efforts algériens sont consacrés à une analyse systématique de ce phénomène. Cet ouvrage inaugure une tentative d'analyse multi-dimensionnelle de cette cruauté institutionnelle en Algérie.
Dans le premier chapitre de ce cahier, sur la base d'un large échantillon de témoignages de torture compilés par des organisations non-gouvernementales de droits l'homme algériennes et internationales, Ait-Embarek présente une classification et une analyse des différentes techniques de tortures recensées dans les témoignages.Chaque méthode de torture est décrite, souvent à travers des citations des survivants, ainsi qu'analysée pour exposer les différentes stratégies de manipulation de la douleur que les tortionnaires instrumentalisent pour faire basculer leurs victimes dans la phase chronique de la souffrance.Ce chapitre s'achève avec une douzaine de témoignages intégraux.
Tout comme l'acte d'infliger ces souffrances est une opération rationnelle et calculée afin de gérer la douleur de ces Algériens, plutôt que des dégagements incontrôles de brutalité sadique, c'est aussi un fait que, dans l'Algérie sous les bottes militaires, la torture ne relève pas de "dépassements" et encore moins d'activité contingente, isolée ou illicite. Ait-Embarek la décrit comme une méthode de gouvernement, utilisée avec l'approbation et l'intention calculée des plus hautes autorités, gérée de façon systématique, par des procédures routinières, dans de multiples centres de détention ayant à leur disposition des équipements modernes et un personnel sans cesse croissant de tortionnaires, de geôliers, d'administrateurs, de chauffeurs, de médecins, d'experts en relations publiques, de "professionnels" des droits de l'homme et de magistrats. Le second chapitre de ce livre traite sommairement de la magistrature et de sa complicité dans la gestion et la couverture des activités barbares et honteuses à l'intérieur de ces centres.
Dans le chapitre De la violence structurelle Ait-Embarek considère que la génèse de la torture ne s'arrête pas aux centres de torture qui ne font qu'exprimer et maintenir une violence plus fondamentale. Appréhendant la torture comme manifestation physique, directe et visible d'une violence première qui est structurelle, indirecte et latente, l'auteur traite du complexe de légitimité, de la nature militocratique du régime algérien et de certains aspects de la culture politique de l'élite comme causes structurelles qui rendraient partiellement compte de la violence répressive du régime. L'auteur se penche aussi sur la question du statut et de la conscience du droit dans la culture politique algérienne qui mesureraient la disponibilité de canaux effectifs pour la résolution systémique et pacifique des conflits.
Mais l'Algérie est aussi engagée dans un systéme de relations internationales injustes de sorte que la violence structurelle en Algérie ne peut être divorcée de celle enraçinée dans cet "ordre" international. A la lumière de la thése selon laquelle les variations globales des violations de droits de l'homme exhibent une forte corrélation entre la dépendance économique externe des pays du tiers-monde, d'une part, et la géographie des interventions militaires ainsi que l'intensité des violations des droits de l'homme dans ces même pays, d'autre part, Ait-Embarek discute de l'expérience algérienne durant ces dernières années, en soulignant de façon qualitative quelques corrélations entre le déploiement de la terreur d'Etat et la configuration des interventions capitalistes recentes. L'auteur considère que ce n'est pas une coincidence si la dénationalisation des richesses pétrolières et gazières, la braderie des ressources nationales, le demantèlement progressif de l'appareil économique national, les"législations" garantissant les investissements étrangers ainsi que les politiques prédatrices du FMI et de la Banque Mondiale ont été implémentes simultanément avec le(sous couvert du) déferlement de la terreur d'Etat, alors que l'Algérie n'a pas eu, et n'a toujours pas, de parlement élu, de président proprement élu,de ministres responsables, de presse indépendante, alors que le climat de terreur et d'intimidation et la forte visibilité des gestionnaires et des instruments de la violence institutionnelle à travers le pays dissuadent toute protestation sociale. Mais les évidences qualitatives auquelles l'auteur fait appel pour soutenir cette thèse importante pourraient être jugées plutôt circonstancielles. Cette thèse gagnerait en support évidentiel si elle était étayée, par exemple, par une analyse quantitative, par l'étude des correlations et des recoupements temporels entre le calendrier de toutes les interventions économiques importantes depuis 1991 et la chronologie des interventions répressives de la junte, ainsi que par d'autres études techniques pour exposer plus analytiquement comment (et pourquoi) le pillage économique en cours conditionne et entretient la répression.
Dans le chapitre La réthorique de la terreur, Ait-Embarek fait un exercice de politique du langage, un effort pour exposer et analyser les formes réthoriques principales avec lesquelles la presse aux ordres de la junte -- et certaines figures dites littéraires de langue française -- ont préparé, et maintenant rationalisent, le déferlement et le maintien de la terreur d'Etat. Il avance que l'institution, l'application et la non-dénonciation des tortures d'un groupe humain victimise ne peut se faire sans l'exclusion morale et la dévaluation humaine préalables de ce groupe et il recense quatre types de discours qui les traduisent et les produisent : la réthorique de la démonisation, le discours de la négation, la réthorique du bestiaire et le discours de l'infection. Ait-Embarek fait aussi une lecture en rétrovision de ces formes réthoriques afin d'exhiber leurs filiations et de préçiser le contexte culturel et historique ou ils s'inscrivent; l'auteur propose que, tout comme les concessionaires économiques et les vassaux politiques algériens qui ne sont aptes qu'à re-inventer l'ordre colonial qu'ils gérent avec et pour le maître néo-colonial, le contenu de ces discours relève d'une sous-traitance de la violence symbolique française que l'élite culturelle aliénée mobilise pour aliéner et dominer la société algérienne.
Dans la deuxième partie du cahier, Ait-Embarek réunit un registre de textes sur d'autres aspects de la torture et sur des thémes y afférant. Le lecteur trouvera, entre autres, des textes d'organisations non-gouvernementales des droits de l'homme algériennes, une étude statistique préliminaire de la répression, un essai de reconstruction du portrait des tortionnaires algériens, un essai sur la relation entre l'aliénation culturelle et la violence institutionnelle, des notes sur la dictature culturelle française en Algérie et une receuil de textes élégiques à caractères lyrique, moral, politique ou méditatif qui reflètent des situations affectant directement leurs auteurs.
L'annexe du livre comprend une rétrospective sur la torture dans les années 50, un texte peu connu de Fanon sur le lien entre la torture et le colonialisme, ainsi qu'un abrége retrospectif sur la torture en Algérie depuis l'indépendence, et dont ont été victimes des "pieds-rouges", des berbéristes, des islamistes, des gauchistes, des Ben-bellistes et des citoyens non-impliqués dans des organisations politiques. Le livre s'achève avec une importante bibliographie sur le théme de la torture.
La diffusion de ce livre n'a pas été autorisée sur le marché français, suite à une déçision du Ministère de l'Intérieur. L'éditeur suisse du Livre Blanc, soutenu par plusieurs éditeurs français, a intenté une procédure judiciaire, qui suit son cours, contre cette déçision.