La calligraphie: Art et enseignement


“Dieu est beau, il aime le beau” nous dit le prophète Muhammad S-A-W., il nous dit aussi “connaissez Allah à travers ses créatures et non à travers lui-même”.

Comment répondre à ces enseignements, si l’on veut respecter la Sunnah ?
Et est-ce que l’art en tant que tel, nous met sur la voie?

De nos jours, tout le monde peut-être artiste, mais le musulman comment interprète-t-il l’art ?
Lui qui est redevable de ses actes à Dieu, il est gestionnaire des biens mis à sa disposition, il doit en user au mieux de tous.
Parmi les ordres divins reçus par le Prophète arabe, il y en a qui subliment la pensée par l’écriture et la lecture, car l’homme calife de Dieu sur terre, a reçu l’unique faculté qui le distingue des autres créatures, qui le place au-dessus et qui le responsabilise. “Nous l’avons mis sur la voie, il sera reconnaissant ou renégat” nous dit le Coran, parlant de l’homme devant qui Allah a fait prosterner les anges.

L’art d’écrire chez le musulman a pour socle un enseignement pédagogique divin, la surate XCVI au nom hautement scientifique “le caillot de sang” commence par l’injonction “Lis”. L’ange Gabriel, la paix sur lui, a répété plusieurs fois cet ordre, à l’envoyé de Dieu pris de panique et “OUMMI”. (illettré) A la réponse qu’il ne savait pas lire, l’ange dit à Muhammad dans sa langue du coup universalisée “Lis, de par ton Seigneur, qui a créé l’homme d’un caillot de sang! Lis, car ton Seigneur est très généreux, il a enseigné par le CALAME”
Lire et écrire, tels sont les premiers enseignements que l’homme a reçu a travers le sceau du prophète Muhammad IBN ABDALLAH, envoyé de la miséricorde pour tout le monde, sans distinction d’origine ou de couleur.

Aperçu sur la Calligraphie


Le mot calligraphie nous dit le “Larousse” vient du grec “Kallos” (beauté) et “graphein” (écrire). Tous les spécialistes s’entendent pour dire que l’écriture arabe a probablement pris naissance dans le royaume chrétien d’AI-Hira en Basse-Mésopothamie, aux Ve et VIe siècles (d’aucuns disent aussi, 300 ans avant l’ère chrétienne) à partir de l’alphabet syriaque, lui-même dérivé de l’écriture araméenne, de l’alphabet Phénicien, ancêtre commun des écritures sémitiques et gréco-latines.
Un des premiers témoignages clairement datés de cette écriture est une inscription gravée dans la pierre en 568 de l’ère chrétienne, découverte à Harrân en Syrie. C’est avec l’islam que l’écriture arabe a acquis ses titres de noblesse, pris son essor et donna naissance à un véritable art d’écrire, la calligraphie, à la fois technique et savoir-faire car pour les premiers musulmans qui reçurent les versets du Coran révélés de la bouche même du prophète Muhammad, Paix et Salut sur lui, il s’agissait de consigner les dites paroles sacrées sur des objets aussi divers que le papyrus, les peaux de chèvre tannées ou le parchemin, en utilisant le calame (bout de roseau taillé à l’extrémité comme une plume) et comme encre le liquide noir résultant des morceaux de charbon broyés et trempés dans l’eau. De nos jours, on utilise l’encre de chine fortifiée de gomme arabique.
Il s’agissait aussi pour les scribes arabes de créer un support artistique digne du message révélé. Plus tard, deux innovations importantes sont introduites : les points diacritiques (qui différencient les lettres ayant un même support graphique) et les signes vocaliques, sous l’instigation des califes bien guidés OMAR et ALI principalement, qui ont aussi créé les bases de la syntaxe arabe. La mise des points et des voyelles était l’oeuvre d’Abul-Aswad AL-DUALI, mort en 69 de l’hégire. On dit aussi qu’AL HAJJAJ représentant des OMAYYADES en IRAK a pris une part importante dans la structuration de la linguistique et la stylistique arabe, puisqu’il fût un fin lettré. La calligraphie, pour y revenir sera codifiée à partir du IXe siècle chrétien en des règles strictes, précisant formes et proportions par le maître calligraphe ABU-ALI-IBN MUKLAH, vizir de trois califes abbassides. Il faut dire que l’introduction du papier (technique chinoise découverte par les marchands arabes vers 750), son usage et sa disponibilité ont permis à la calligraphie d’évoluer très rapidement.
Deux styles prédominèrent, l’un anguleux dit “kufi” initialement réservé aux copies du Coran puis souvent employé dans les inscriptions ornementales, l’autre arrondi nommé “NASKHI” plus adapté à une écriture rapide, utile à des fins administratives.
Deux nouveaux styles verront le jour au graphisme intermédiaire ou au contraire géographique, tel le “Maghrébi” ou le “CHARKI”, d’autres débordant le domaine arabe, comme les variations persanes du “AALIO”.
Avec la diffusion de l’imprimerie dans les pays arabes au XlXe siècle, la fonction de la calligraphie est devenue avant tout ornementale, le métal ou le plâtre étant devenus de nouveaux supports, y compris le bois précieux.


Tahar MEJRI
Courtoisie “Espace de l’Islam”

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