L’islam et l’astronomie (au 2ème siècle de l’Hégire)
Selon lbn Sînâ (Avicenne) l’astronomie était une des quatre disciplines
fondamentales (arithmétique pure, géométrie, et musique) des
sciences mathématiques. Les Arabes du désert accordaient beaucoup d’importance
aux étoiles. Le rythme de vie des nomades s’inspirait du retour périodique
de ces points brillants.
Au temps de Haroun AI-Raschid et de son fils AI Mamoun (2ème siècle
de l’Hégire) les Arabes traduisirent «L’astronomie du grand Hipparque»
ainsi que son catalogue d’étoiles. Ce qui explique que la plupart des noms
d’étoiles utilisés de nos jours sont d’origine arabe tels que Aldébaran,
Algénib, Algol, Alcor, Wéga, Déneb, etc... Bon nombre de termes
astronomiques aussi tels que Zénith, Azimut, nadir, Almicantarat etc...
Ils entreprirent de procéder à une observation systématique
et à une recherche méthodique des étoiles ce qui les plaçait
à l’avant garde du progrès en matière d’astronomie, et cela
pour plusieurs siècles. AI Mamoun fit édifier dans le quartier le plus
élevé de Bagdad, près de la porte Chammassiya, un observatoire
sous la direction de «Yaya», ses astronomes surveillaient méthodiquement
le mouvement des planètes.
A l’observatoire du Mont Kassiyoum, près de Damas, les astronomes d’Al Mamoum
dressèrent les tables dites «éprouvées» ou «Mamouniques».
Mohamed Ben Moussa entreprit de mesurer la circonférence de la terre, avec
un groupe d’astronomes, partant d’un même point. Un groupe se dirige vers le
nord et l’autre vers le sud jusqu’à ce que le premier groupe voit l’étoile
polaire s’élever sensiblement et que le second la voit descendre du même
nombre de degrés. D’après la distance qui sépare leurs deux
groupes, les observateurs, calculent un degré du méridien, et cela
avec une précision tout à fait étonnante.
Le même Mohamed Ben Moussa en collaboration avec son frère Achmed, fabriqua
une horloge de cuivre aux dimensions gigantesques. Tandis qu’il observe les changements
cycliques des levers et couchers des étoiles les plus importantes, Achmed
adapte les calculs extrêmement compliqués de son frère à
un appareil d’un raffinement génial et d’une précision parfaite voici
ce qu’en dit le médecin Ibn Rabban At-Tabari.
Devant l’observatoire de Samarra, j’ai vu un appareil construit par les frères
Mohamed et Achmed Ben Moussa, tous deux passionnés d’astronomie et de mécanique.
Sur cet appareil en forme de sphère sont représentés les constellations
et les signes du zodiaque. Il est mû par la force hydraulique. A l’instant
où une étoile se couche dans le ciel, son image disparaît sur
l’appareil en descendant sous une ligne circulaire qui représente l’horizon.
L’étoile remonte t-elle dans le ciel, son image réapparaît aussitôt
sur l’appareil en dessus de la ligne d’horizon.
Les Arabes s’intéressaient aussi à la fabrication d’instruments d’astronomie
dont la sphère armillaire composée de cinq anneaux de cuivre (assemblage
de cercles figurant les mouvements apparents des astres et au centre duquel un globe
représente la terre). Ils inventèrent l’alidade, ce bras mobile capable
de mesurer les angles, il palliait dans ce domaine les insuffisances de la sphère
armillaire.
Pour accroître encore la précision de leurs mesures, ils créèrent
puis perfectionnèrent de nouveaux instruments destinés à l’emploi
de nouvelles méthodes d’observation azimutale, et grâce à cela
tout musulman pouvait calculer l’heure exacte, et à l’endroit se trouvait,
déterminer aussi bien le moment de la prière que la position de la
Mecque pour l’accomplissement de son devoir religieux. Le sextant et I’octant sont
également des inventions arabes.
D’autres créations plus originales comme des cadrans solaires portatifs de
forme cylindrique, des horloges mues suivant le cas par l’eau, le mercure, des chandelles
ou des poids.
Les observations astronomiques des Arabes se firent de plus en plus nombreuses, le
perfectionnement sans cesse croissant de leurs instruments de mesure, d’observation
et le soin toujours plus grand qu’ils apportaient à l’exploration du ciel
leur permettait avec le temps de déterminer et d’évaluer de façon
toujours plus précise les orbites du soleil, de la lune et des planètes.
AI Farghani calcula les longitudes terrestres et fut le premier à découvrir
que le soleil et les planètes décrivaient des orbites en sens contraire
du mouvement diurne.
Mais surtout AI Battani calcula avec précision les différences de longueurs
de l’année du Tropique et de l’année sidérale en mesurant la
révolution de la terre autour du soleil. Il perfectionna les études
astrologiques d’AI Khowaresmi par de nouvelles recherches sur l’apparition de la
nouvelle lune, sur les éclipses de soleil et de lune et sur les parallaxes.
Il calcula également avec plus de précision l’obliquité de l’écliptique
et découvrit de nouvelles méthodes propres à déterminer
la latitude d’un lieu.
lbn AI-Haïtham découvrit que tous les corps célestes y comprit
les étoiles fixées émettaient leur propre lumière, la
lune seule recevant sa luminosité du soleil, voici ce qu’il dit «Ce
n’est pas un rayon partant de l’oeil qui produit la vision. C’est au contraire l’objet
perçu qui envoie ses rayons vers l’oeil, lequel les assimile par le truchement
de son corps transparent». AI Hazen explora les divers domaines de l’optique
géométrique. Au cours d’une longue série d’expériences
méthodiques, il en vient à étudier tout ce que les sources de
lumières peuvent lui enseigner. Il est le premier à se servir pour
ses expériences d’une chambre noire (ancêtre de l’appareil photographique)
qui lui fournit la preuve de la trajectoire rectiligne du rayon lumineux et, c’est
à peine s’il ose en croire ses yeux, du renversement des images.
AI Hazen découvre également l’explication de la réfraction de
la lumière à son passage d’un milieu dans un autre, de l’air dans l’eau
par exemple, découverte qui lui permet de calculer avec une étonnante
précision l’épaisseur de la troposphère qu’il évalue
à quinze kilomètres (mesures actuelles : 6Km au pâle, et 17Km
à l’équateur). Il étudie les causes du halo lunaire, de la formation
du crépuscule, de l’arc-en-ciel. Il applique ses connaissances à la
fabrication d’instruments d’optique. Il étudie et calcule la réflexion
dans le miroir concave du segment sphérique et de la section conique et découvre
les lois de la projection lumineuse. Il étudie le pouvoir calorifique et grossissant
tant du miroir concave que de la loupe et imagine la première paire de lunettes.
AI Kindi introduisit dans la géométrie la détermination au moyen
du compas, calcula les poids spécifiques de divers liquides et procéda
à des expériences basées sur les lois de la gravitation et de
la chute des corps.
Il introduisit la théorie de l’atome selon laquelle «les corps sont
divisibles à l’infini sans qu’on puisse jamais parvenir à quelque chose
qui ne soit pas divisible».
L’Astronomie est encore une science jeune, cela dit, elle ne serait pas si avancée
sans l’apport du monde arabe qui par son génie permit de perfectionner des
instruments de mesure, d’en inventer d’autres, d’entreprendre des recherches basées
sur des expériences méthodiques, de développer les principes
fondamentaux propres aux calculs astronomiques.
Les résultats de leurs recherches parvinrent six cents ans après à
Copernic et à des astronomes européens postérieurs, qui les
utilisèrent pour fonder la conception héliocentrique du monde. On accordera
à Copernic le fait d’avoir révolutionné l’histoire de la pensée
et du progrès scientifique en omettant de parler de l’héritage de la
culture arabo-islamique et en jetant aux oubliettes d’illustres savants tels que
AI Hazen, AI Battani et plus de cinq cents autres encore!
De nos jours encore le monde occidental accorde une importance excessive à
l’héritage gréco-romain, au point d’ignorer qu’il a une dette au moins
identique envers le monde musulman.
Djamel MANSERI
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